PRÉCIEUX ENSEMBLE DE PIÈCES ÉCRITES À SAINTE-HÉLÈNE DANS LES JOURS PRÉCÉDANT ET SUIVANT LA MORT DE NAPOLÉON IER, DE LA MAIN DES 3 EXÉCUTEURS TESTAMENTAIRES ET DU MAMELUCK ALI


PRÉCIEUX ENSEMBLE DE PIÈCES ÉCRITES À SAINTE-HÉLÈNE DANS LES JOURS PRÉCÉDANT ET SUIVANT LA MORT DE NAPOLÉON IER, DE LA MAIN DES 3 EXÉCUTEURS TESTAMENTAIRES ET DU MAMELUCK ALI



[NAPOLÉON Ier]. — Ensemble de 7 pièces. [1821] et s.d.



LE CORPUS TESTAMENTAIRE DE NAPOLÉON Ier, tel LE CORPUS TESTAMENTAIRE DE NAPOLÉON Ier, tel LE CORPUS TESTAMENTAIRE DE NAPOLÉON Ier, tel que remis dans sa version définitive à ses exécuteurs testamentaires, comprit en tout 13 pièces (9 de la main de l’empereur, 4 de celle de Louis-Joseph Marchand), toutes signées du 13 au 29 avril 1821, à savoir : le testament proprement dit (écrit en 2 exemplaires), 8 codicilles, un mémoire d’instructions à ses exécuteurs testamentaires, une lettre au banquier Laffitte, une lettre au baron de La Bouillerie (trésorier de son domaine privé) et un legs informe à son fils le duc de Reichstadt. Un premier testament, qui avait été débuté en 1815 et repris en août 1819 fut brûlé le 19 avril 1821. C’est le comte de Montholon qui fut admis à demeurer près de l’empereur lors de la rédaction : il écrivit lui-même sous la dictée de Napoléon Ier le brouillon du testament proprement dit et la fin du huitième codicille, et prit des copies de la plupart des pièces de la main de Napoléon Ier.



LA PRÉSENTE RÉUNION, PROVENANT DES PAPIERS DU GRAND-MARÉCHAL BERTRAND, montre cependant qu’à Sainte-Hélène Louis Marchand établit ou mit au net l’inventaire du contenu des objets précieux des boîtes d’acajou de la chambre de l’empereur (finalement non retenu dans le corpus testamentaire scellé), que le grand-maréchal Bertrand prit copie du 7e codicille, que Louis-Étienne Saint-Denis prit copie des 4 documents concernant plus particulièrement les 3 exécuteurs testamentaires (instructions et états des effets personnels de l'empereur à Sainte-Hélène). De même, on voit que des documents furent établis à Sainte-Hélène par les exécuteurs testamentaires pour régler certains points urgents comme le partage des biens de Napoléon Ier à Longwood.



IL N’EXISTE AUCUN ENSEMBLE COMPLET DES PAPIERS TESTAMENTAIRES ORIGINAUX DE NAPOLÉON Ier, LESQUELS SE TROUVENT POUR LA PLUPART EN DÉPÔT PUBLIC : les Archives nationales conservent 10 des 13 pièces, c’est-à-dire à l’exception des deux derniers codicilles et du legs au duc de Reichstadt.



« DE TOUS LES DOCUMENTS DE SAINTE-HÉLÈNE [...], LE TESTAMENT DE L'EMPEREUR EST BIEN LE DOCUMENT LE PLUS ESSENTIEL ET LE PLUS PRENANT » (Suzanne d’Huart, op. cit., p. 11) : « Ce dernier message de l'exilé, écrit tour à tour d'un style emphatique et d'un langage familier, est [...] d'une lecture émouvante. Malgré l'affaiblissement physique, c'est Napoléon tout entier qu'on y retrouve : l'homme de guerre, le politique, l'homme de la famille, et surtout le chef qui sait reconnaître les services rendus et séparer le dévouement vrai des sentiments affectés [...]. Écrit au moment où les mourants voient défiler devant leurs yeux leur vie entière et portent leurs ultimes jugements, [le testament de l’empereur] a la valeur d’un dernier souvenir et d’une pièce de premier plan pour la connaissance de celui qui, s’il finit sa vie en vaincu et en exilé, voulut mourir comme le grand empereur qu’il avait été. »



Nous avons ici :



L’inventaire de la collection de petits objets précieux que Napoléon Ier avait emportés à Sainte-Hélène



— [NAPOLÉON Ier]. Pièce en copie de la main de Louis MARCHAND et d’Henri-Gatien BERTRAND, intitulée « État des boîtes que Marchand doit remettre à mon fils... » Sur un feuillet de papier vergé anglais de la Compagnie des Indes filigrané « VEIC 1819 ».



ORIGINAL DE L’INVENTAIRE de ces objets, renfermés dans trois boîtes en acajou (numérotées I, II et III) qu’il gardait dans sa chambre de Longwood. Cet inventaire fut PRIMITIVEMENT ANNEXÉ, LE 16 AVRIL 1821, AU PREMIER CODICILLE par lequel l’empereur léguait tous ses biens de Sainte-Hélène à ses exécuteurs testamentaires, dont les bijoux et l’argenterie. Le document ne fut FINALEMENT PAS RETENU. Les boîtes furent ouvertes le 12 mai à la demande de Hudson Lowe qui en vérifia le contenu d’après la copie de l’inventaire qui lui avait été remis.



•De la main de Louis MARCHAND (une p. in-folio) :



« N° I. 1. La sagesse de Scipion donnée par le pape Pie VII à l’empereur lors du Couronnement. 2. Le roi de Rome enfant, tabatière dont l’empereur a fait usage pendant plusieurs années. 3. Portrait de l’impératrice Joséphine, première femme de l’empereur Napoléon. 4. Tabatière ovale long contenant 4 médailles où se trouve Jules César ; l’empereur s’est souvent servi de cette tabatière... 6. Petite boîte à cure-dents ornée du portrait de Madame [mère de l’empereur]... 13. Tête d’Alexandre, camé[e] antique... 18. Paul Ier empereur de Russie... 22. Charlemagne. 23. Bataille de Marengo... 31. Portrait de l’impératrice Marie-Louise ; tabatière que portait souvent l’empereur. Dans plusieurs de ces boîtes il existe des décorations de la Légion d’honneur de la Couronne de fer et de la Réunion que portait l’empereur et une grande croix de la Légion d’honneur. »



•Avec une apostille autographe de Charles-Tristan de MONTHOLON : « Remis copie au gouverneur de Ste-Hélène » (8 mots).



•De la main d’Henri-Gatien BERTRAND (1/4 p. in-folio au verso) :



N° II.... 1° Douze boëtes aux armes imp[érial]es 2° 2 petites lunettes dont se servoit l'emp[ereu]r à l’armée. 3° Une boëte en pierre de Russie ornée d’un portrait. 4° Une boëte d’écaille avec un travail en ivoire. 5° Un chass[eur] à Fontainebleau. 6. Boëte d’or avec une réserve en ivoire. N° III... 1° deux cordons de la Légion d’honneur. 2° Un pain de boucles d’or à souliers dont se servait l’empereur. 3° Une boucle de col idem. 4° Une paire de boucles à jarretière idem. 5° Une bonbonnière en écaille dont se servait l’emp[ereu]r à Ste-Hélène. 6. Une grosse montre d’argent ; cette montre se mettait dans la voiture de l’emp[ereu]r en campagne. 7° Une petite lorgnette, du nombre de celles dont se servait l’em[ereu]r à l’armée. 8° Un petit cachet aux armes de France. »



Pour l'inventaire de chacune des boîtes n° II et III, le grand-maréchal Bertrand a de sa main porté la mention « Remis une copie au gouv[erneu]r de Ste-Hélène »



Le codicille des « legs de conscience » destiné à rester secret... »



— [NAPOLÉON Ier]. Pièce en copie de la main d'Henri-Gatien BERTRAND. 2 pp. in-4.



7e CODICILLE CONCERNANT PRINCIPALEMENT SON FILS ET DES PERSONNALITES DE CORSE, QUI N'EST CONNU QUE PAR DES COPIES, l'original de la main de Napoléon ayant disparu. Les 3 autres copies connues sont actuellement conservées aux Archives nationales dans le fonds Murat et dans le fonds Napoléon.



« LE 25 AVRIL 1821. LONGWOOD. CECI EST MON 7e CODICIL[L]E A MON TESTAMENT. 1° Mes exécuteurs testamentaires enverront à ma mère, au cardinal [son oncle Joseph Fesch], à chacun de mes frères, de mes sœurs, de mes beaux-frères, de mes neveux et nièces, à Eugène, à Hortense, Stéphanie de Bade, une assiet[t]e à soupe, une assie[t]te, un couvert, un couteau, un gobelet, le tout d'argent aux armes impériales. 2° Les effets que Marchand gardera et soignera pour être remis à mon fils seront ceux compris dans l'état ci-joint (a). 3° Il sera disposé des effets que j'ai laissés à Paris chez Turenne conformément à l'état (B). 4° Si l'on retrouve chez mes anciens valets ou à la secrétairerie d'état mes cachets de France ou d'Italie, du duché de Berg, on les remettra à mon fils ; on se fera remettre par mon dentiste mon nécessaire de dents encor que l'on remettra à mon fils. 5° ON REMETTRA A MON FILS MA CARTE D'ITALIE D'ALBE ET LES COPIES [DES] VUES DE CHAMPS DE BATAILLE, QUARTIERS GENERAUX que j'ai fait faire par d'Albe et Denon ; celui-ci a touché des sommes importantes pour cet objet. 6° On réunira, soit par le canal de Denon, soit par celui d'Albe, le plus de tableaux et dessins qu'on pourra relatifs à moi, à mes guerres, à mes événements politiques ; on y dépensera s'il est nécessaire une somme de 300.000 francs que l'on préservera sur ma succession, tous ces objets pour être réunis à mon fils. 9° Sur les 700.000 francs réservés par nos codiciles pour acquit des legs de conscience. Nous léguons 10° 300.000 francs au pupil[l]e du beau-père de Menneval appelé Léon [premier enfant naturel qu'eut Napoléon Ier] ; cette somme sera employée à lui acheter une terre dans le voisinage de celle de Montholon ou Bertrand ; cette acquisition sera faite dans l'année de ma mort ; si cet enfant était mort ou mourait sans tester avant l'âge, ce bien seroit donné à Alexandre Walewska [autre enfant naturel de Napoléon Ier]. 11° 100.000 f. que je lègue, savoir au grand-vicaire Arrighi qui était à l'isle d'Elbe, 20.000 f. ; à mon officier d'ordonnance de Porto-Longone [Pons] et qui était à Waterlo[o], 10.000 f. ; à celui de Marciana, idem 10.000 f. ; AU G[ENER]AL LAPIE COMMANDANT LA GARDE NATIONALE DE PORTOFERRAJO, 30.000. 12° 100.000 francs que nous léguons, savoir 30.000 A CHOTAR [CHAUTARD] CAPITAINE DU BRICK L'INCONSTANT [SUR LEQUEL L'EMPEREUR AVAIT QUITTE L'ILE D'ELBE EN 1815] ; 30.000 f. au lieutenant de frégate Taillade qui commandait alors les marins de la Garde ; 30.000 f. à Sarri, lieutenant du brick L'Inconstant et natif d'Ajaccio ; 10.000 francs aux maîtres et équipages du brick L'Inconstant qui seraient dans le besoin. 13°. 100.000 que nous léguons, savoir 20.000 f. A L'ABBE RECCO, PROFESSEUR AU COLLEGE D'AJACCIO QUI M'A APPRIS A LIRE, en cas de mort à son plus proche héritier ; 20.000 f. à Paoli, commandant la gendarmerie à l'isle d'Elbe ; 20.000 f. au capitaine du port de l'isle que Bertrand connaît [Felidoro ou Philodoro] ; 20.000 f. au jeune Matras fils de madame Matras qui a séjourné à l'isle d'Elbe ; 20.000 francs à Louis Coni de Bastelica en Corse, officier au bataillon de volontaires que j'ai jadis commandé. 14° 100.000 f. que je lègue, savoir 10.000 f. au fils ou petit-fils de mon berger Nicolas [Farinacci] de Bocognano ; 10.000 f. au berger Bagaglino, celui qui est venu à l'île d'Elbe ; 10.000 f. à Costa constructeur de gondoles du fauxb[ourg] d'Ajaccio ; 10.000 f. à la veuve ou fils d'un sergent du bataillon que j'ai commandé ; il était de Bestelica en l'isle de Corse, Costa et Louis Coni désigneront son nom ; son fils était à l'isle d'Elbe ; 10.000 f. à Marcagi de Bocognano, maréchal des logis de gendarmerie à l'isle d'Elbe ; 20.000 f. AU BRAVE HABITANT DE LA COMMUNE DE BOCOGNANO [TOUSSAINT BONELLI] QUI EN 1792 OU 1793 M'A OUVERT LA PORTE D'UNE MAISON OU DES BRIGANDS M'AVAIENT ENFERME ET M'A ESCORTE JUSQU'A OCCIANI [Ucciani] ; 10.000 f. à Vizzevano [Jacques-Alphonse Vizzavona], habitant de Bocognano ; 20.000 à Poggioli , ancien maire du village d'Occiani. 15° Si les recettes qui doivent faire face à ces legs éprouveaient du déficit, ils seront diminués au marc la livre. 16° CE CODICI[L]E NE SERA JAMAIS IMPRIME, IL RESTERA SECRET ; LE TRESORIER MEME N'EN AURA PAS CONNAISSANCE ; IL SERA annulé aussitôt qu'il sera exécuté, communication en sera refusée comme contenant des affaires de conscience... »



Les instructions de l'empereur à ses exécuteurs testamentaires



et les inventaires de ses biens personnels à Sainte-Hélène dont ils doivent disposer



— [NAPOLÉON Ier]. Manuscrit en copie de la main de Louis-Étienne SAINT-DENIS, donnant la teneur de 4 pièces. 4 pp. in-folio sur papier vergé azuré filigrané avec contremarque à l'étoile.



Les trois premières pièces ont été transcrites d'après une copie signée par les exécuteurs testamentaires Bertrand, Montholon et Marchand, selon des mentions en fin de transcription, et la dernière a apparemment été transcrite sur l'originale, ne portant pas d'indication de copie, mais la mention « Remis une copie au gouverneur de Ste-Hélène ».



Ce manuscrit comprend donc :



•LES « INSTRUCTIONS POUR MES EXECUTEURS TESTAMENTAIRES. Ce 26 avril 1821. Longwood. » Ces instructions disposent que les legs doivent être « payés dans leur intégrité », et indiquent les dispositions à prendre entre autres concernant les sommes déposées chez Jacques Laffitte, les biens de son domaine privé (« question majeure » qui, selon lui, « sera susceptible de beaucoup de débats »), les meubles de la Couronne achetés sur les revenus de la liste civile, une métairie sur l'île d'Elbe achetée par Pauline Bonaparte, des fonds déposés à Venise saisis par les Autrichiens, sa bibliothèque à La Malmaison et un trésor dissimulé dans ce château, une somme donnée à l'impératrice Marie-Louise, les cartes levées par Bacler d'Albe et Dominique-Vivant Denon... Napoléon Ier rappelle ce qu'il doit advenir de sa dépouille mortelle (« 27. ... QUE MES CENDRES SOIENT TRANSPORTEES EN FRANCE »), et précise ce qui est à faire pour entretenir sa mémoire auprès de son fils : lui remettre des portraits, livres, cartes, vues gravées, tenir avec lui des entretiens, le mettre en contact épistolaire avec les membres de la famille Bonaparte, engager Letizia Bonaparte à lui léguer des souvenirs de famille, faire imprimer ses mémoires sur la campagne d'Italie... Il aborde aussi sur un point fondamental pour lui : « 24° ENGAGER MON FILS A REPRENDRE SON NOM DE NAPOLEON dès qu'il sera en âge de raison, et qu'il pourra le faire convenablement », et insiste sur les obligations dont hérite son fils : « 32° S'il y avait un retour de fortune en France et que mon fils remontât sur le trône, il est du devoir de mes exécuteurs testamentaires de lui mettre sous les yeux tout ce que je dois à mes vieux officiers et soldats et à mes fidèles serviteurs ». Il s'occupe aussi de faire un legs à sa vieille nourrice à Ajaccio, et de montrer sa reconnaissance au général Antoine Drouot (qui l'avait servi jusqu'à l'île d'Elbe), le proposant comme secrétaire à ses exécuteurs testamentaires et comme époux à une petite-cousine corse de la famille Bonaparte.



•L'« ÉTAT (A) » DE SES EFFETS PERSONNELS A SAINTE-HELENE, précédé d'une série de volontés expresses : « 1° Il ne sera vendu aucun des effets qui m'ont servi... 2° MARCHAND CONSERVERA MES CHEVEUX ET EN FERA FAIRE UN BRACELET AVEC UN PETIT CADENAS EN OR POUR ETRE ENVOYE A L'IMPERATRICE MARIE-LOUISE, à ma mère et à chacun de mes frères, sœurs, neveux, nièces, au cardinal [son oncle Joseph Fesch] et un plus considérable pour mon fils... » L'« état (a) » proprement dit comprend notamment : « ... 2° mon réveil-matin ; c'est LE REVEIL-MATIN DE FREDERIC II [de Prusse] que j'ai pris à Potsdam... 3° Mes deux montres avec la chaîne des cheveux de l'impératrice et une chaîne de mes cheveux pour l'autre montre ; Marchand la fera faire à Paris. 4° Mes deux sceaux [dont] un de France... 8° Mes deux lits de fer... 9° Mes trois flacons d'argent où l'on mettait mon eau-de-vie que portait mon chasseur en campagne... 11°. Mes éperons... 12° Trois boîtes d'acajou nos I, II, III, renfermant mes tabatières et autres objets... Habillement. 1 uniforme chasseur. 1 uniforme Grenadier. 1 uniforme Garde nationale. 2 chapeaux. 1 capote grise et verte. 1 manteau bleu (celui que j'avais à Marengo). 1 zebeline pelisse verte... »



•L'« ÉTAT (B) » : « INVENTAIRE DES EFFETS QUE J'AI LAISSES CHEZ MR LE COMTE DE TURENNE. 1 sabre de Sobieski (c'est par erreur qu'il est porté sur l'état A ; c'est le sabre que l'empereur portait à Aboukir qui est entre les mains de Mr le comte Bertrand)... 1° Je donne à mon fils : le sabre de Sobieski, le collier de la légion d'honneur, l'épée en vermeil, le glaive de consul, l'épée en fer... 2° à l'impératrice Marie-Louise mes dentelles, à Madame la veilleuse en argent, au cardinal, le petit nécessaire en acier, au prince Eugène, le bougeoir en vermeil, à la princesse Pauline, le petit médailler, à la reine de Naples, un petit tapis turc, à la reine Hortense, un petit tapis turc, au prince Jérôme, la poignée de sabre antique, au prince Joseph, un manteau brodé, veste et culotte, au prince Lucien, un manteau bordé, veste et culotte... »



•ET L'« ÉTAT DES BOITES QUE MARCHAND DOIT REMETTRE A MON FILS. Il consiste en trois boîtes d'acajou n° I, II, III... » Le texte est d'une teneur identique au document du même titre décrit ci-dessus.



Les instructions concernant son fils



— [NAPOLÉON Ier]. Pièce en copie de la main d'Henri-Gatien BERTRAND. Une p. in-4.



Extrait de ses « Instructions pour mes exécuteurs testamentaires » du 26 avril 1821 décrit ci-dessus : soit les articles n° 15, 16 et 26, concernant les mesures à prendre pour donner à son fils « des idées justes » sur son règne : « réunion de gravures, tableaux, livres, médailles », impression de ses campagnes d'Italie et d'Égypte ainsi que de plusieurs de ses manuscrits, collection de vues de ses palais en France et en Italie.



Le procès verbal du scellé des pièces testamentaires de Napoléon Ier,



établi le 27 avril 1821



— BERTRAND (Henri-Gatien). Pièce autographe signée, en copie, intitulée « Procès verbal ». Une p. 1/4 in-4 sur papier anglais filigrané « Basted Mill. 1820 ».



« Aujourd'huy vingt-sept avril mil huit cent vingt un à neuf heures du soir, nous, comte Bertrand, grand-maréchal de l'empereur Napoléon et secrétaire de ses ordres, nous sommes fait représenter ses divers testaments, codicil[l]es et instructions dont Mr Marchand étoit dépositaire, au nombre de neuf plis ou paquets séparés, ayant tous à peu près la même forme, mais des épaisseurs différentes, pliés à l'un des quatre coins, attachés trois d'entre eux avec une faveur [ruban] de couleur rouge, les six autres avec une faveur de couleur verte, les dits plis ou paquets tous revêtus de la signature de l'empereur et en outre scellés du sceau de ses armes sur chaque verso de l'enveloppe, ses dits plis ou paquets également scellés des armes et revêtus des signatures 1° du cte Bertrand, 2° du cte Montholon, 3° de Mr Marchand, lesdites trois personnes nommées par lui ses exécuteurs testamentaires, 4° enfin de Mr l'abbé Vignali.



Après nous être fait représenter trois cassettes en bois d'acajou, fermées à clef, attachées avec des faveurs vertes et scellées du sceau des armes impériales et de celles des quatre personnes désignées ci-dessus, savoir le cte Bertrand, le cte Montholon, Mr Marchand et Mr l'abbé Vignali, nous avons pris lecture des notes écrites de la propre main de l'empereur Napoléon et nous les avons transcrit[es] ci-après.



Sur un pli sans numéro était écrit : "Ceci est mon testament écrit tout entier de ma propre main", signé "Napoléon". Sur un pli numéroté I est écrit : "Ceci est un codicil[l]e de mon testament écrit tout de ma propre main", signé "Napoléon". Sur un pli numéroté 2 est écrit : "Ceci est un second codicil[l]e à mon testament tout écrit de ma propre main", signé "Napoléon". Sur un pli sans numéro est écrit : "Ceci est mon troisième codicil[l]e à mon testament tout entier écrit de ma propre main, signé et scellé de mes armes qui sera ouvert le même jour et immédiatement après l'ouverture de mon testament", signé "Napoléon". Sur un pli sans numéro est écrit : "Ceci est mon quatrième codicil[l]e faisant suite à mon testament ; il sera ouvert le même jour que mon testament", signé "Napoléon". Sur un pli numéroté 5 est écrit : "Ceci est mon codicil[l]e ou acte de ma dernière volonté dont je recommande l'exécution à ma très chère épouse l'impératrice Marie-Louise", signé "Napoléon". Sur un pli numéroté 6 est écrit : "Ceci est mon codicil[l]e ou acte de ma dernière volonté dont je recommande l'exacte exécution à mon fils Eugène Napoléon ; il est tout écrit de ma propre main", signé "Napoléon". Sur un pli sans numéro est écrit : "Ceci est mon septième codicil[l]e ou acte de ma dernière volonté qui doit rester secret et être seulement communiqué à mes trois exécuteurs testamentaires", signé "Napoléon". Sur un pli sans numéro est écrit : "Ceci est une instruction pour Montholon, Bertrand et Marchand, mes exécuteurs testamentaires ; j'ai fait I testament et 7 codicil[l]es dont Marchand est dépositaire", signé "Napoléon".



D'après les ordres de l'empereur Napoléon, nous comte Bertrand, son grand-maréchal, avons rédigé le présent écrit pour servir au besoin d'inventaire et de procès-verbal. Fait à la chambre à coucher de l'empereur à Longwood lesdits jours, heures... que dessus. Signé le cte Bertrand »



La part des effets personnels de Napoléon Ier à Longwood



revenant au grand-maréchal Bertrand



— MONTHOLON (Charles-Tristan de) et Louis MARCHAND. Pièce autographe comprenant deux colonnes de leurs mains respectives. [Sainte-Hélène, mai 1821]. En tout une p. in-4 sur papier vergé anglais filigrané à la date de « 1809 [?] ».



De la main de Charles-Tristan de Montholon : « Partage des cartes. Lot de S. Ex. Mr le comte Bertrand » : « 1re Carte de Ferrari. 2e Italie, d'Albe... 12 e Égypte... 18 e St-Domingue... 20 e États-Unis d'Amérique... »



De la main de Louis Marchand : « Partage des effets . Lot de S. Ex. Mr le comte Bertrand » : « 27 chemises... 5 gilets de flanelle... 4 madras... 1 p[air]e de pantoufles... 1 boîte d'eau de Cologne... 6 culottes de casimir blanc. 1 pantalon et 1 veste de nankin... 8 cravates de mousseline... »



Listes probablement établies quand, conformément aux dispositions du 2e codicille de l'empereur, eut lieu le partage des effets que celui-ci possédait à Longwood, entre ses trois exécuteurs testamentaires, Bertrand, Marchand, Montholon, le 14 mai 1821. Cette date est indiquée par Montholon dans ses Récits de la captivité de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène, Paris, Paulin, 1847, vol. II, p. 566).



Idem



— SAINT-DENIS (Louis-Étienne). Pièce manuscrite intitulée « Partage des cartes. Lot de S.E. Mr le comte Bertrand. Partage des effets. Lot de S.E. Mr le comte Bertrand ». [Sainte-Hélène, mai 1821]. 3/4 p. in-folio sur papier vergé azuré de même facture que la pièce des « Instructions » de la main de Saint-Denis décrite ci-dessus.



De même teneur que le document précédent des mains de Montholon et Marchand, probablement une mise au net de celle-ci.



C'est ainsi une rare et émouvante réunion de documents



des mains de quatre importants compagnons d'exil de Napoléon Ier à Sainte-Hélène



LE GRAND-MARECHAL BERTRAND. Général du Génie, Henri-Gatien Bertrand (1773-1844) participa à presque toutes les campagnes de Napoléon : Italie, Égypte, Autriche (Austerlitz), Prusse (Iéna), Pologne (Dantzig, Friedland), Espagne, Autriche (Essling), Allemagne (Leipzig) et fut également gouverneur général des provinces Illyriennes de 1811 à 1813. Après la campagne de France et la première abdication, il ne quitta plus Napoléon jusqu'à la mort de celui-ci : « ministre de l'Intérieur » sur l'île d'Elbe, il organisa la fuite de l'empereur, et fut auprès de lui jusqu'à Waterloo. Après la seconde abdication, il décida de l'accompagner en exil à Sainte-Hélène. Il y prit notamment sous sa dictée une partie de ses mémoires, et écrivit un journal personnel, les célèbres Cahiers de Sainte-Hélène. Désigné par Napoléon pour l'un de ses exécuteurs testamentaires, il mit un grand soin à cette tâche à son retour en France. Sous la monarchie de Juillet, il devint député de Châteauroux, directeur de l'École polytechnique, et fut chargé par Louis-Philippe Ier d'organiser le retour des Cendres. Il repose auprès de l'empereur sous le dôme des Invalides.



LE COMTE DE MONTHOLON. Colonel d'Empire nommé général sous la première Restauration, Charles-Tristan de Montholon-Sémonville (1783-1853) avait été chambellan sous l'Empire, et nommé ambassadeur en Russie. Napoléon Ier l'en rappela pour avoir épousé une femme ruinée de réputation à la Cour du tsar, mais lui rendit ensuite sa faveur et le nomma son aide-de-camp durant les Cent Jours. Montholon partit avec lui à Sainte-Hélène, où il fut avec sa femme au centre des querelles mesquines entre Français. Néanmoins, après les départs de Las Cases et de Gourgaud, il devint l'interlocuteur privilégié de Napoléon Ier (qui en fit un de ses exécuteurs testamentaires) et défendit ensuite fidèlement la mémoire de celui-ci. Il publia des mémoires personnels sur la captivité de Sainte-Hélène et une partie des mémoires de l'empereur. Il se lia à Londres avec le futur Napoléon III, participa à sa tentative malheureuse de coup d'État en 1840 et partagea alors sa captivité à la forteresse de Ham jusqu'en 1846. Cependant, affairiste, il tenta constamment de réaliser des opérations douteuses qui le ruinèrent.



LOUIS-JOSEPH MARCHAND. Fils d'une protégée de madame de Montesquiou devenue berceuse du roi de Rome et qui suivit celui-ci à Vienne, Louis Joseph Marchand (1791-1876) fut nommé premier valet de chambre de Napoléon Ier en avril 1814. Il lui resta dès lors attaché jusqu'à sa mort, le suivant à l'île d'Elbe et à Sainte-Hélène. Là, son dévouement, sa discrétion, lui gagnèrent l'entière confiance et l'attachement de l'empereur qui en fit un de ses exécuteurs testamentaires et écrivit dans son testament : « les services qu'il m'a rendus sont ceux d'un ami ». Marchand participera au voyage du Retour des Cendres en 1840 et tint les cordons du poêle lors des funérailles nationales. Il laissa des mémoires, publiés seulement en 1952.



LOUIS-ÉTIENNE SAINT-DENIS, DIT « LE MAMELOUK ALI ». D'une famille de domestiques attachée au château de Versailles où il naquit le 22 septembre 1788, il reçut une bonne éducation, fut d'abord petit-clerc de notaire à Paris puis, grâce à son père, maître de manège qui connaissait le grand-écuyer Caulaincourt, entra aux équipages de la Maison et s'occupa notamment de la remonte des escortes de l'empereur. Toujours grâce à Caulaincourt, il passa au service intérieur comme second mameluck, y reçut son célèbre costume et le surnom d'Ali qu'avait porté, avant lui, le compagnon de Roustam. C'est en cette qualité qu'il fit les campagnes de Russie et de 1813, s'occupant du fusil, des lunettes de campagne, du service de table et couchant, comme Roustam, en travers de la porte de la chambre. Après une brève séparation, il fut chargé par Caulaincourt de porter des effets à l'île d'Elbe à Napoléon Ier qui le retint comme premier mameluck (Roustam avait fait défection à la chute de l'Empire). Des Cent-Jours à Sainte-Hélène, il quitta plus Napoléon un seul jour. Jeune, il se montra infatigable, dévoué, discret et intelligent. Marchand, devenu son ami, et lui furent les deux domestiques qui adoucirent la captivité en rendant à leur maître tous les services possibles. Surtout, ses fonctions de copiste (nombre d'écrits de Longwood sont de sa main, y compris une partie du Mémorial de Las Cases) et de bibliothécaire lui donnèrent un rôle indispensable auprès de Napoléon. Il épousa Mary Hall, gouvernante anglaise des enfants Bertrand. Revenu en France en 1821, il vécut d'abord petitement puis acquit une certaine aisance par un legs de l'Empereur : installé à Sens, il et se dévoua corps et âme au culte du souvenir. Il rencontrait les anciens de l'épopée, échangeait avec eux une abondante correspondance. Chargé, par le testament de Napoléon, de remettre 400 livres de la bibliothèque au duc de Reichstadt, il ne put que les faire remettre à Madame Mère. Après sa participation à l'expédition du retour des Cendres en 1840, il continua plus que jamais à fréquenter les milieux bonapartistes, reçut la visite de Napoléon-Bonaparte qui, devenu empereur, le fit chevalier de la Légion d'honneur.


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