Charles-Hubert LAVOLLEE (1823-1913) littérateur et administrateur. Journal de voyage autographe, 15 novembre 1843-27 avril 1845 ; 2 carnets petit in-8 de 126 et 114 pages (plus qqs ff. blancs), couv. cartonnées.


Charles-Hubert LAVOLLEE (1823-1913) littérateur et administrateur. Journal de voyage autographe, 15 novembre 1843-27 avril 1845 ; 2 carnets petit in-8 de 126 et 114 pages (plus qqs ff. blancs), couv. cartonnées.

Journal de voyage au Brésil, en Chine, aux Philippines et en Indonésie, par un jeune participant de la mission en Chine conduite par le diplomate et pair de France Théodose de Lagrené, chargé de négocier avec la Chine un traité de commerce et de navigation. Lavollée, qui entrera au ministère du Commerce après son retour en France (1846), tirera parti de son journal en publiant « Situation actuelle des Européens en Chine : les cinq ports » (Revue nouvelle, 15 novembre 1846), et Voyage en Chine : Ténériffe, Rio-Janeiro, Le Cap, Île Bourbon, Malacca, Singapore, Manille, Macao, Canton, ports chinois, Cochinchine, Java (J. Rouvier, 1852). Lavollée a rempli ces deux carnets de précisions sur le voyage (latitudes, longitudes, distances parcourues, aperçus de la terre, conditions météorologiques, hôtellerie aux escales), d'intéressantes descriptions des peuples étrangers et d'expériences dans les pays abordés : un bal masqué à Ténériffe, l'ascension à dos de mule au Pic de Teide, les cérémonies du passage de la Ligne, la visite de Rio de Janeiro, où il fait la connaissance d'un Français qui « s'est mis dans le commerce de la chair humaine après avoir échoué dans des spéculations entreprises sur le commerce des mules » ; M. Lamy « opère sur les noirs comme sur une marchandise qu'il prend en seconde main » (30 janvier 1844) ; suit le récit d'une vente, qui le dégoûte, et des réflexions sur l'esclavage, « plaie honteuse » (1er février)... Au Brésil, il visite aussi la vallée de la Tijuca, l'usine de sucrerie de M. Correa, et sa caféière à Cantagallo (où il s'étonne de découvrir « une petite fille toute blonde », esclave), décrit les fêtes du jour des Cendres et écrit une note générale sur la population, et le travail des Blancs et des Noirs. Une escale de 15 jours au Cap de Bonne-Espérance permet des excursions à la Montagne de la Table et Constance (note sur le vin) ; en août, ils passent de Manille à Macao ; les Français se rendent aux eaux thermales, et visitent Casa Branca où ils sont « constamment suivis d'un Chinois que le mandarin a envoyé pour nous espionner » (12 septembre)... Lavollée donne des détails sur les premières entrevues entre Lagrené et le commissaire impérial Ky-ing : les suites de chacun, les « protestations d'amitié », les embrassades, « absolument comme à la comédie », l'échange de banalités, les repas (1er et 3 octobre)... Il assiste à un sinsong (représentation théâtrale), exprime son dégoût pour la cuisine chinoise, et le 24 octobre s'embarque sur l'Archimède avec Lagrené, Ky-ing, l'amiral Cécille et « les 3 grands-mandarins » pour se rendre à Whampoa pour la signature du traité : « Toutes les jonques de guerre que nous rencontrions sur la rivière nous saluaient de leur meilleure poudre »... Novembre retrouve Lavollée à Canton, où il note les mesures de sécurité prises par les Européens et les Américains contre la « populace » locale, « la pire de toutes » ; il visite les faubourgs de cette ville interdite aux Européens, le temple d'Honan, et à la maison de campagne de Tinqua, l'un des mandarins de la délégation de Ky-ing, il prend le thé et assiste à un sinsong. « Il y a, dans la vie intérieure des Chinois, quelques-uns de ces traits qui annoncent une simplicité presque patriarcale de maeurs et de caractère, qui chez nous serait ridicule. Le respect porté à la vieillesse, les honneurs rendus au Roi comme père et mère du peuple, la noblesse des professions agricoles, et enfin les rapports familiers du maître & du serviteur, tels sont les traits les plus saillants ». Curieux détails sur une pièce réservée avec des statues de dames en carton avec « toutes les formes les plus secrètes ouvertes », une jolie jeune fille aux tout petits pieds, les daguerréotypes que prend M. Itier avec sa machine (5-6 novembre)... D'autres remarques sur les jardins, l'artisanat, le statut du peintre... Par la suite, voyage aux Philippines (anecdote sur le rachat d'un Espagnol métis de Manille, enlevé par des pirates et réduit à l'esclavage), Singapore, Batavia (notes sur les costumes, les chevaux, la teinture des sarongs à Java, l'aeuvre coloniale hollandaise)...


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